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Chris le Gardien auteur
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Passeur de lumière...Un conte de Jeanine BOUTRY.

Passeur de lumière...Un conte de Jeanine BOUTRY.

Passeur de lumière...Un conte de Jeanine BOUTRY.

Un conte symbolique porte un message qui chuchote au cœur; Bien au-delà des mots, bien au delà des seules barrières temporelles ou culturelles, le symbole nous pousse à révéler cette conscience obscurcie par le mental et ballotée au milieu des préjugés vulgaires, que la toxicité des mots bruts renforcent d'avantage.

Le conte symbolique crée un univers parallèle dans lequel on est projeté et qui résonne comme une onde salvatrice et lumineuse. Notre Ego s'en trouve bouleversé plus ou moins inconsciemment.

C'est l'expérience d'un trauma positif que je vous propose de tenter à la lecture du conte que je viens de découvrir sur le site de son auteure Janine BOUTRY.

Je ne sais pas si la destinée dépend d'éléments pré-écrits quelque part, mais je sais en revanche combien il ne dépend que de nous de ne pas rater les rendez-vous avec cette destinée qui nous appelle et, qui ne fait rien sans la richesse qu'on lui apporte.

Très belle lecture à vous.

Oui à n'en pas douter, la vie est faite de rendez-vous avec nous-mêmes.

Chris.

Le passeur de lumière.

Texte de Janine Boutry, poète, artiste peintre.

Dans un tout petit village,

perdu au milieu d’une immense forêt,

vivait un petit garçon prénommé Jean-Jean.

Il était le dernier de huit enfants,

et tous les huit étaient des garçons.

Il y avait avant-lui

Jean-Pierre,

Jean-Marie,

Jean-Paul,

Jean-Marc,

Jean-Christophe,

Jean-Michel et Jean-François.

Depuis des générations et des générations, dans cette famille là,

tous, sans exception aucune, portaient un prénom dérivé de Jean.

Mais voilà, lorsque sa naissance s’annonça,

les parents de Jean-Jean se trouvèrent à court d’imagination,

et décidèrent de l’appeler tout simplement Jean-Jean.

Jean-Jean, Jean-Jean....... se répétait-il depuis sa plus tendre enfance,

et cela résonnait à ses oreilles comme un vulgaire diminutif,

du genre de Zou-Zou ou Fi-Fi.

Et cela lui rendait le cœur lourd, lourd…..

Chacun de ses frères possédait une particularité

qui le rendait unique et différent des autres :

Jean-Pierre était le plus fort,

Jean-Marie était le plus beau,

Jean-Paul le plus intelligent……..

Jean-Jean, lui, n’avait aucun don, aucune qualité spéciale,

il était seulement le p’tit Jean-Jean,

dont personne ne se souciait vraiment.

Alors il se faisait tout petit,

si petit qu'on en oubliait sa présence.

Un jour, occupé à jouer sous la table du salon,

il surprit une conversation entre ses parents.

« Dis-moi, commença la mère,

tous nos enfants semblent nés sous une bonne étoile.

Chacun paraît doué pour une vocation spéciale.

Il n’y a que note pauvre Jean-Jean !

Il ne semble révéler aucun talent personnel.

Qu'allons-nous bien pouvoir en faire ? »

à ces mots Jean-Jean tressaillit.

Ce qu'il pressentait depuis si longtemps

se concrétisait dans ces quelques phrases.

Sans doute n’était-il bon à rien !

La sentence tomba comme une malédiction.

Mais le père répondit :

« Aie confiance, ma femme,

un jour verra, son tour viendra. »

Jean-Jean reçut ce message d’une manière énigmatique.

Pourtant, sans bien en comprendre le sens,

il savait que cela était bon.

L’angoisse jaillissante s’était éteinte comme par enchantement.

Par ces mots magiques, le père avait calmé les tourments de sa femme,

Mais aussi de son fils.

Et le fils se répétait inlassablement ces quelques mots :

Un jour verra, son tour viendra,

Un jour verra, son tour viendra,

Un jour verra, son tour viendra…..

Depuis qu'il avait entendu cette phrase insolite,

la vie de Jean-Jean en avait été changée.

Jean-Jean regardait venir chaque jour d’une manière spéciale,

comme si à tout moment sa destinée allait enfin se retourner,

et l’entraîner dans un avenir bénéfique.

Les jours passèrent pourtant, en tous points semblables.

Jean-Jean espérait, mais rien n’arrivait.

Au bout de plusieurs longues semaines,

Jean-Jean ne se souvenait plus du tout de la phrase étonnante.

Et c’est là,

au moment où il s’y attendait le moins,

qu'il fit une étrange rencontre.

Et c’est là, au moment où il s’y attendait le moins,

qu'il fit une étrange rencontre.

Par une morne après-midi, pour tromper son ennui,

Jean-Jean se rendit dans la forêt.

« Oh-là ! » cria soudain un homme derrière lui.

Jean-Jean se retourna, étonné de rencontrer un étranger par ici.

« Vous m’avez appelé ? »

répondit-il avec quelque inquiétude.

« Oui, toi, attends-moi »

lui cria l’homme, tout essoufflé.

Jean-Jean hésita un instant,

mais la proximité du village le rassura.

Il s’arrêta pour permettre au voyageur de le rejoindre.

« Tu es bien aimable »

lui dit l’homme, en s’étouffant dans sa barbe.

Maintenant qu'il s’était approché,

Jean-Jean détaillait son nouveau compagnon.

Plutôt petit, légèrement voûté, il se déplaçait lentement.

Il s’appuyait sur un solide bâton qu’il tenait de sa main droite,

tandis qu’à la main gauche il portait une lanterne.

« Comment t’appelles-tu, mon garçon ? » demanda l’homme.

Jean-Jean devint rouge comme une citrouille trop mûre :

il aurait voulu disparaître plutôt que de répondre à cette question là.

« Et bien, aurais-tu perdu ta langue ? » reprit l’inconnu.

Les prénoms défilaient comme une litanie infinie.

Jean-Jean en avait le tournis.

Soudain, comme un automate, il répondit :

« C’est ça, oui, c’est ça.

C’est ça, oui, mais lequel ?

Pierre-Aimé » répondit Jean-Jean.

Le vieil homme eu un air étonné et dit :

« Un bien joli prénom que celui-là. »

Jean-Jean acquiesça en hochant la tête,

Ravi de recevoir un si beau compliment.

Puis il se ressaisit, de peur que l’homme ne découvre la supercherie, et dit :

« Euh…Et vous, comment vous appelez-vous ? »

« Je m’appelle Jean » dit l’homme.

Drôle de surprise pour Jean-Jean.

Il réussit pourtant à bafouiller quelques mots.

« Et vous venez de loin ?

Je viens de nulle part et de partout.

En fait, je vis un jour ici, un jour là.

Un jour verra.

Je vais où le devoir m’appelle.

Ah bon » dit Jean-Jean, quelque peu étonné,

pendant que les mots continuaient à résonner dans sa tête :

« Un jour ici, un jour là…………..un jour verra… »

Tout ricochait sur un air de déjà entendu.

Pourtant il parvint à articuler :

« Mais quel est votre devoir ?

-Je suis le passeur de lumière.

Ton tour viendra…dit l’homme.

- Le passeur de lumière ? » répéta Jean-Jean incrédule.

« Mon tour viendra… ? » dit-il de plus en plus surpris.

Puis il aperçut de nouveau la lanterne.

« Alors la lanterne, c’est pour ça ?

En quelque sorte, répondit l’homme,

parce que les hommes ont besoin de symboles.

Mais la lumière dont je parle…

- Elle est cachée dans le cœur, répliqua Jean-Jean,

elle est là dans le cœur

et tu la fais jaillir. »

Jean-Jean était interloqué, il avait parlé sans savoir !

Et les mots s’étaient imposés sans qu’il sache comment ni pourquoi.

« C’est exactement ça.

Tu es donc bien celui que je cherche. »

Jean-Jean était abasourdi.

Il comprenait sans comprendre.

Il savait sans avoir appris.

Il savait que c’était un moment unique.

Comme un rendez-vous d’amour avec lui-même.

Il s’agenouilla aux pieds de l’homme et demanda : « Apprenez-moi ».

L’homme s’assit près de lui.

D’un geste digne et doux, il releva la tête de l’enfant et la tourna vers lui.

« Comment t’appelles-tu ? »

Les yeux de Jean-Jean se mouillèrent de larmes.

Entre deux sanglots il parvint à articuler :

« Jean-Jean, c’est moi Jean-Jean .

-Pourquoi vouloir fuir ton prénom ?

-Je…je croyais que je n’étais rien.

-Jean-Jean , c’est tellement...Unique, coupa l’homme.

Unique comme toi, comme chacun.

Car chaque homme a une destinée unique et remarquable.

Le rôle du passeur de lumière

est de révéler à lui-même celui qui a perdu sa foi en lui. »

Jean-Jean buvait ses paroles.

Il savait que l’homme disait vrai.

Pour la première fois il naissait à lui-même.

Il devenait celui qu’il avait refusé d’être : Jean-Jean.

L’homme reprit :

« Jean-Jean,

un jour verra,

ton tour viendra.

Toi, deux fois Jean, tu seras le prochain passeur de lumière.

Telle est ta destinée.

Le veux-tu ? »

Les yeux de Jean-Jean brillèrent d’une intensité nouvelle.

L’immensité de l’espace se refléta dans son regard.

Il regarda l’homme,

toucha le bâton et caressa la lanterne.

Son visage s’éclaira d’un rayonnement merveilleux

et il répondit :

« Oui, je le veux. »

Je le veux !

Rien n'est plus puissant qu'une idée dont le temps est venu

Victor Hugo