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Chris le Gardien auteur

Chris le Gardien auteur

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La nécessité de la Beauté... La liberté dans la Beauté.

La nécessité de la Beauté... La liberté dans la Beauté.

La nécessité de la Beauté... La liberté dans la Beauté.

« Le christianisme a oublié que le salut est essentiellement une question de regard (…) la Beauté est la seule fin à rechercher ici-bas (…) elle est l'éternité sur Terre » Simone Weil

S'il y a clairement nécessité immédiate et physiologique, à manger pour apaiser ma faim, à boire pour abreuver ma soif ; à faire l’amour pour apaiser ses désirs sexuels ; Ces nécessités se situent, par-delà bien et mal, et font partie de mon expérience d’homme-animal ; Chaque désir participe au mécanisme physique du monde. Et c’est une grande liberté, propre à l’homme, de pouvoir comprendre intelligemment, scientifiquement et intellectuellement le processus de ces lois. « Heureux qui a pu connaître les causes des choses, il a foulé au pied toutes les peurs et l’inexorable destin ». Virgile Géorgiques.

Ce monde « terrestre » n’est pour autant pas un sous monde, le bas-monde des lois matérielles. Les théories, doctrines mentales ont créé l’opacité en stratifiant les choses en faisant primer une réalité bipolaire. Monde animal, monde humain, mal et bien, terre et ciel, paradis et enfer…etc

La pensée intellectuelle conduit à l’opposition des idées. En souhaitant échapper aux données immédiates je me réfugie, trop souvent, sur le pan opposé mais sur un même plan et donc dans une opposition inversée et par nature jamais satisfaite quoique temporairement confortable. Je jouis de la satisfaction intellectuelle d’avoir trouvé une posture nouvelle mais j'oublie qu'elle est parfaitement symétrique à l’ancienne ; Dans ce cas, quelle permanence accorder à mes doctrines et sentiments?

Les extrêmes s’attirent et dépendent d’une même horizontalité. S’opposer au monde c'est rester dépendant de lui et c'est toujours contre-productif sur le long terme même si cela flatte temporairement l’Ego. Les révoltés ne révolutionnent pas le monde; ils bougent le sens des meubles et, au mieux, font du « feng shui mental » en se procurant des jouissances intellectuelles ponctuelles, comme Sisyphe roule sa pierre pour s’inventer un sens, comme le lépreux prend plaisir à se gratter et confond cette frénésie avec le bonheur.

La liberté, et ce qu’a bien décrit Krishnamurti, consiste à prendre du recul sur les lois du monde sans pour autant vouloir échapper au monde et moins encore en élaborant des concepts au prisme déformant. Inféodé au monde, nous sommes depuis l’enfance soumis à un foisonnement de matières et de concepts, à un grouillement de prédéterminations culturelles et scientifiques. Quel est notre alternative? Nous réfugier dans de nouveaux cloisonnements? La beauté ne nait pas ex-nihilo. Elle Est. L’homme invente ce trésor caché au fonds de son cœur en le découvrant. S’il est mis à jour par chacun de nous, nous ne faisons que nous l’approprier car il nous précède et nous survivra.

Comment rendre visible cette œuvre, en manifester la beauté? Reconnaitre que la nécessité du monde matériel et mental ne fait pas forcément loi me permet de charrier le Limon qui obstrue le courant de ce que Jacquard et après lui Pozarnik ont appelé notre « humanitude », de modifier mon objectif en réglant ma focale. (Lat Focus : foyer) « Tout ce qui s’élève converge » disait Teillard de Chardin et Je sens confusément les bouleversements que la persévérance dans ma recherche de la vérité produit en moi.

J’apprends à m'élever, à prendre de la hauteur sans fuite, à ne plus combattre à ne plus m’opposer mais à m'approprier ce qui est permanent dans mon rapport au monde. Une forme d'alchimie opère en laissant des indices à ma portée me permettant, parmi vous et grâce à vous, de me sentir sur le bon chemin, Le cœur bien ancré dans un monde dont pourtant toute l'absurde condition m'aspire.

A mesure que j'accède à la permanence de l'Être, je sens l'Écho de la parole résonner dans mon coeur. Il ne s’agit plus de philosopher d’intellectualiser ou de contre-intellectualiser des heures pour se situer, personnellement (Moi) ou impersonnellement (l’homme) dans le monde; il s’agit d’Etre, il s'agit d’agir et de converger durablement vers SOI.

L’enracinement, est la mise à jour méthodique et périodique de l’œuvre et ce faisant, ici et maintenant, consiste à exercer sans relâche cette attention, cette con-centration suffisante pour résonner d’Esprit et de cœur par le dégrossissement de Soi-même. Confusément d’abord, maladroitement ensuite et persévérant encore, cet appel de la Vérité substitue mon monde de préjugés par un édifice, allégé, transfiguré, sans artifice.

La beauté d'abord imparfaitement et vulgairement ressentie rayonne désormais, et de façon graduelle en moi. Je co-produis cette beauté qui préside. La beauté alimente alors la joie « la bienfaisante émotion de l’âme » disait DESCARTES et la nécessité de travailler et d’en ressentir plus nettement ses effluves dans notre regard du cœur, aussi nettement que le monde immédiat s’impose à nos yeux physiques.

Mettre à jour une œuvre ce n’est pas s’opposer au monde, c'est le regarder avec un œil neuf. Ce n’est pas l’œil physique qui regarde mais celui du cœur. Ce n'est donc pas un monde nouveau que j'invente c'est un regard neuf qui découvre le monde.

Ce faisant je ne fais que réunir les pièces éparpillées du puzzle de ma vie. Là-encore, sans violence, sans forme d’opposition ni d’imposition de manière graduelle et sans précipiter l’ordre du monde. Naturellement et fraternellement. L’amour philia et agape ne sont ils pas source de partage et de reconnaissance?

Le vrai chemin de l’amour.

J’ai chaque fois,ce faisant, un sentiment de complétude qui me rappelle ce que PLATON nous livre dans le banquet. Aristophane loue l’amour qui permet à cette moitié d’homme de retrouver cette autre moitié manquante. Ce sentiment d’incomplétude en recherche de cet autre soi-même duquel nous aurions été séparés dès les origines. Mais c’est surtout dans le sixième discours que DIOTIME donne une clé à Socrate par cette phrase énigmatique dont le philosophe ne percevra pas le sens tout de suite : « L’amour est la production dans la beauté, selon le corps et l’esprit. » DIOTIME décrit alors trois sphères sous forme de degrés initiatiques. La sphère dite de l’action : l’amour s’attache à la beauté physique, La sphère de l’intelligence qui s’attache à l’amour de la beauté morale et enfin celle qui culmine au dernier degré de l’initiation et qui est la sphère de la beauté parfaite « la beauté éternelle, non engendrée et non périssable. (…) Le vrai chemin de l’amour (…) c’est de commencer par les beautés d’ici-bas et les yeux attachés sur la beauté suprême, de s’y élever sans cesse en passant pour ainsi dire par tous les degrés de l’échelle…jusqu’à ce que de connaissances en connaissances, on arrive à la connaissance par excellence, qui n’a d’autre objet que le beau lui-même, et qu’on finisse par le connaitre en soi ».

Ce monde est réunifié, réconcilié lorsque transparait l’œuvre. Il est transformé, verticalisé, concentré. Nul bouleversement, nulle révolution. Un changement méthodique de regard et d’outil suffit. Le monde n’est plus seulement le berceau de notre corps mais aussi celui de notre cœur et de notre esprit. Il est pur produit d’amour.

Cette énergie d’amour, cette force qui est le langage du cœur nous fait ressentir ce qui transparait de toute action juste. La prise de conscience quoique progressive et laborieuse produit des effets nécessaires et palpables, aussi palpables que les effets produits par les lois de la nature. Et pour cause. Elles sont aussi Lois de la nature. La sagesse est le produit de cette force juste et la beauté en est l'ornement subtil.« La beauté est le reflet de l’Amour spirituel invisible. » 1

Ce n’est donc pas le monde et ses lois que nous devons combattre car ce faisant nous nous flagellons en Jansénistes, mais c'est le regard que nous portons sur le monde qui doit changer. C’est particulièrement la perception que nous en avons, non plus seulement ou exclusivement avec nos sens physiques mais aussi et essentiellement avec notre cœur. Le monde est Esprit. Cela ne signifie pas qu’on puisse échapper à sa matière. Il faut aimer ce monde que nos sens communs nous ont entrainés à connaitre de façon automatique et immédiate. Ce monde fait d’animalité et d’intellectualité est aussi nécessaire que l’œuvre pour l’esprit et le cœur. Cette matière première est simplement transformée par notre regard qui ne se satisfait plus des seules données immédiates et étriquées de la conscience mais qui la guide vers une perception plus globale et plus permanente.

La matière est bipolaire, aussi surement que Janus à deux visages et que le damier juxtapose le noir et le blanc.

Le ressenti du sublime n'est pas qu'un processus mental. Nous savons que les plus grands amoureux, les plus grands philosophes, les plus grands criminels ont pris pour vérité et beauté absolue la cause même de leur propre mal. Peut-être pour certains percevaient ils du fond de leur grotte un peu de cette beauté, mais si peu en comparaison de celle qui inonde le cœur.

La paix, la joie, la beauté, se perçoivent par-delà les mots, par delà les concepts intellectuels par delà les luttes fratricides des idées, par delà les sens mais jamais sans eux. Par-delà le monde ; mais aussi grâce à lui. Sans bruit pas de silence et sans silence pas de parole. Les ténèbres ont besoin de la lumière et la lumière a besoin des ténèbres comme le suggère le damier et l’évangile de st Jean. C'est le Point d'équilibre nécessaire de l'œuvre en mouvement perpétuel.

Cette vision apaisée du monde est permanente et objective. Inversement proportionnelle aux ténèbres qui tissent un voile d’impermanence sur le monde qui m’a vu naitre et grandir. C’est en ce sens que le monde est transformé. « Ordo ab chaos » sans espace ni temps entre le principe et la fin, sans début et sans limites. Dans un espace-temps con-sacré et con-centré. La beauté est la manifestation de la sagesse et la force en est l'énergie juste qui la maintient et la rend palpable au cœur ouvert.

Les symboles séculaires guident l'artiste sur le chemin de la beauté. La beauté est la résonance du monde originel, son Écho, le sens du silence le son de la sagesse. L’œuvre et la beauté coïncident parfaitement car l’œuvre est beauté et la beauté transparait partout où le cœur regarde et quand l’esprit produit. Frithjof SCHUON exprimait cet état de conscience ou la recherche du Soi par l’expression « Sophia perennis » 2 « L’homme a besoin de la beauté et du symbolisme, non pour penser métaphysique mais chacun veut voir et entendre la métaphysique dans sa forme visible. C’est cela le symbolisme. Et le Symbolisme coïncide toujours avec la beauté. » Frithjof Schuon

La communion entre le jour et la nuit, entre lumière et ténèbres, entre l’immatériel et le matériel entre la nature visible et invisible entre la métaphysique et la physique s'harmonise au gré de l'effort. Celui qui a ressenti la Beauté participe, à jamais, à la permanence de l’œuvre et l’œuvre est inondée de sa lumière. Notre intuition en perçoit ses effluves sans pouvoir se les expliquer.

La beauté est œuvre "agie" et ne peut être parfaitement perçue que par l’œil du cœur, ou l’œil au cœur : au centre.

La beauté est tout le contraire d’un simple apparat. Si on lui concède la qualité d’ornement sa transparence (au sens de trans-paraitre, au delà du paraître et ex-primé) dépend de la qualité de l’écoute et donc d'une veille permanente. La permanence de la joie dépendra de la qualité de l’effort et du travail sur Soi.

Une correspondance naturelle s’établit comme un pont entre deux rives, entre les ténèbres et la lumière, hors toute idée de combat ultime mais d’une apocalypse paisible et naturelle. En soufflant sur la terre le christ insufflait du spirituel au charnel. Le souffle donne la vie à la matière. Le sens du sacré consiste à réunir en une seule réalité deux pôles maintenus en contradiction par nos préjugés mentaux. On comprend alors mieux l’imbrication des forces. On devient « défenseur » au sens biblique. Car on voit alors l’erreur et le péché du monde. Il s’agit de distinguer dans nos actions quotidiennes la permanence de la Beauté, sa source et ses affluents. La joie comme la beauté sont des outils d’Harmonie, c’est la grandeur des petites joies face à l’étroitesse des grands plaisirs, vécus en pleine liberté de conscience.

L’art Royal révèle l’esprit à l’inventeur de Lumière, par une mise à jour active, volontaire et investie (Pour touche d'humour, l'anagramme d' « inventeur » est « intervenu » il faut intervenir sur le monde pour en découvrir les trésors sacrés.) Je ne fuis pas vers l’extrémité du monde. Je travaille sous la pression des Lois et des préjugés qui me déboussolent parfois. Mais je reste dans l’axe. En cherchant à tenir droit cet édifice sacré et à rendre vivante, au quotidien le sacré. Je veux n'être que cette spirale qui se nourrit de son propre mouvement. Si je m’efforce de rester dans l’axe et de regarder l'axe du monde, si je m’emploie à faire taire mon Ego et son collège de vanités et de préjugés, et à faire grandir cette lumière, la démarche reste néanmoins laborieuse. Le chemin ne mène peut-être nulle part, disait Heidegger3, et peu importe qu’il soit droit, l’important étant de marcher et d'avancer, c'est à dire d'agir.

Il convient de rester bien ancré dans cette nécessité et de nous maintenir en éveil. DIOTIME ne nous exhorte-t-il pas à nous laisser guider par la beauté suprême ? La beauté n'est pas la négation du monde mais son expression aboutie. Ainsi le paysage, la jolie femme ou le tableau de RUBENS nous transportent au gré de nos perceptions affutées, d’une subtilité à l’autre, par-delà nos sens communs, si notre cœur y veille. Nos vieux yeux ne pouvaient voir la lumière. La beauté jaillit des objets parce que notre nouvel œil voit en chacun d’eux les messagers d’une réalité féconde. Les symboles sont messagers de lumière comme nous le devenons nous-mêmes.

Quand mes gestes et mes paroles suivent l’axe je produis cette beauté en même temps que je m’en nourris en proportion de la force nécessaire à son éclosion. Mon œuvre est beauté.

Un porteur de lumière ne la porte pas pour briller mais par soif de transmettre ce miracle et son évidence. La lumière est vivante. La beauté devient alors contagieuse pour tous ceux et celles qui ont le cœur suffisamment ouvert qui en perçoivent la chaleur apaisante.

Maillon du monde, à son service et dans son action, il nous faut sans cesse nous prémunir contre les supputations intellectuelles de toutes sortes et les préjugés dont se nourrissent notre Ego mais sans jamais cesser de vivre dans le monde, à la frontière de deux mondes qui n'en font qu'un.

C'est au prix de cet effort que nous atteignons notre « point Oméga »4, en nous courbant et en nous re centrant sur le vrai nous-même, en toute humilité et sans combattre le monde du réel puisque tout est réel et nous fait grandir en beauté et en joie; Pieds en terre et tête dans les étoiles.

Le trait et le plan juste conduit au silence du Un et à la grandeur simple de l'Être. La beauté n’est pas qu’un verni en surface. Elle est surtout le symbole, l’indice qui ouvre la porte vers son coeur, dans la proximité et l'intimité du SOI. Conjuguer la force, la sagesse et la beauté est une exigence de chaque instant car leur évidence ne compense pas leur fragilité.

1 Alain Pozarnik ; L'Agir et l'Être initiatiques.

2« C’est connaitre la vérité totale et, par voie de conséquence, vouloir le bien et aimer la beauté ; et cela conformément à cette vérité, donc en pleine connaissance de cause. » (Racines de la condition humaine p. 145)

3Chemins qui ne mènent nulle part Gallimard

4Teillard du Chardin parle de « point Omega »pour parler du point parfait de réalisation spirituelle. »

La nécessité de la Beauté... La liberté dans la Beauté.
La nécessité de la Beauté... La liberté dans la Beauté.