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Chris le Gardien auteur

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L'allégorie de la caverne: une question de regard

L'allégorie de la caverne: une question de regard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir autrement le monde, suppose une violence faite sur ses habitudes d’Être et d'Agir. Notre regard original est devenu peu à peu imperméable au sublime dont nous sommes pourtant des parcelles. Osons nous extraire de notre grotte et regarder par delà les limites qui nous sont connues. C'est ainsi que notre cœur, non sans mal ni sans doute, diffusera cette chaleur irradiante autour de lui, par l'exemple de la vision, et par cette lumière qui inondera notre chemin. Cette construction de l’Être est l'exemple de tous pour chacun et de chacun pour tous.

Toutes les sociétés ont éprouvé les rites et croyances initiatiques qui littéralement, invitent à la transcendance d’un état de conscience à un autre, guidées par des hommes éclairés qui ont intégré ces nécessités de renaissance et de graduation personnelles ou collectives.

Les archétypes jungiens connaissent de ces principes et évolutions, dont l’universalité et la pureté des consonances nous rappellent le principe d’Unité.

La maïeutique socratique invitait déjà l’individu, il y a plus de 2000 ans,  à découvrir par son raisonnement guidé, les vérités jusqu’alors insondable-ment cachées dans le brouillard polluant des idées préconçues et des préjugés établis. Aucun rite à ce stade ; la prise de conscience est révélée par la philosophie, au sens le plus pur, outil à la portée de ceux qui aiment à sonder les profondeurs de l’esprit individuel ou collectif.

L’allégorie de la caverne éclaire ainsi notre passage horizontal gradué - où les sens des prisonniers profanes sont peu à peu débarrassés de leurs chaines, à condition d'oser aller au-delà de la vision commune et confortable - et leur révèle un monde, inconnu et mystérieux, aveuglés qu'ils étaient jusqu’alors par le voile des habitudes et des préjugés orgueilleux. La caverne initiatique exprime un passage vertical transcendant et progressif, nécessaire pour dissiper l'absurde.

Ce passage libérateur initial est un passage vertical d’abord descendant, la mort d’un état de conscience à un autre. ; Puis une phase ascendante, faite de verticalité et d’approfondissement du Soi et des multiples franchissements de la porte du temple que cela implique. Car la vérité, auto-révélée ou enseignée, ne manque pas de s’inscrire dans une certaine continuité. La vérité n’est pas un « secret ». Elle doit se transmettre, largement quoique prudemment, en murissant de l'intérieur. Tout l'inverse du savoir!

Le secret, n’est qu’impropre s’il n’est pas partagé.

Le secret, à proprement parlé, est jalousement enfermé dans des frontières gardées par l’intérêt que lui portent ses geôliers. Un intérêt de moyens, qui sert le petit nombre au passif des profanes.

Les sociétés secrètes ne sont donc pas moins que des sociétés conservatrices, repliées sur elles-mêmes, pour elles-mêmes et donc contre tous. Les profanes n’y rentrent que par l’intérêt qu’ils y « rapportent » et qu’ils en tirent. La manipulation des rites et des croyances n’a d’autre fin ici que la préservation d’un outil de réseau social d’influence et partant, exigu. La peur et l’ignorance sont entretenues en tant que moyens ésotériques.

Les vérités partisanes et élitistes, sont "Unes", mais elles n’ont, dans cette optique, aucune résonance authentique. Elles sonnent mais ne portent pas, elles construisent mais n’élèvent pas, elles instruisent mais ne grandissent pas l’homme. Elles ne sont que mirages et illusions, outils du fort sur le faible, sans but d’élévation. Elles sont des ombres projetées depuis l'extérieur...

Le secret ne vaut donc que s’il est l’outil qui construit la finalité (téleté, telos) que l’on projette par lui. Le secret n’est secret que par le mystère qui le révèle et qui le fonde. Le secret n’est pas une évidence imposée, mais une évidence à l'état pur. Il est un Graal, une quête que les recherches séculaires laissent entrevoir et que l’introspection invite à découvrir.

A cet égard, le secret est en effet, immédiatement et naturellement caché, comme la lumière et les formes qui ne touchaient pas les sens de l’homme dans le creux de sa réalité caverneuse.

La maya, rappelle sans doute le voile de naissance primitif qui nous occulte une partie du monde et son principe de transcendance, qui invite à surpasser ses habitudes de naissance en naissance.

La tradition messianique, a pour vertu cardinale et essentielle, par-delà les dogmes et l’Église elle-même, de guider les enfants et les aveugles vers le royaume. « Ne t’étonne pas si je te dis qu’il te faudra renaitre, car celui qui est monté au ciel est d’abord descendu du ciel ». Qu’entendre d’autre ici sinon la nécessité absolue d’être de franchir le seuil du monde et de soi et de vivre au milieu des autres afin de faire fructifier nos connaissances mutuelles dans et par l’expérience, de vivre au milieu des profanes et du magma assourdissant et aveuglant de la société pour le méditer et entrer progressivement dans cette fabuleuse connaissance du SOI et de l’UN?

Passer du multiple au simple, de la séparativité qui exalte, à l’intériorisation qui exulte. Passer de l’état de vieil homme à l’homme nouveau suppose une irradiation intérieure, une illumination progressive et volontaire, Comme des feux qui s’allument progressivement...

 

Chris le Gardien. Juillet 2013.

 

Extraits La République de Platon, Livre 7.

Voici des hommes dans une habitation souterraine en forme de grotte, qui a son entrée en longueur, ouvrant à la lumière du jour l’ensemble de la grotte ; ils y sont depuis leur enfance, les jambes et la nuque pris dans des liens qui les obligent à rester sur place et à ne regarder b que vers l’avant, incapables qu’ils sont, à cause du lien, de tourner la tête ; leur parvient la lumière d’un feu qui brûle en haut et au loin, derrière eux ; et entre le feu et les hommes enchaînés, une route dans la hauteur, le long de laquelle voici qu’un muret a été élevé, de la même façon que les démonstrateurs de marionnettes disposent de cloisons qui les séparent des gens ; c’est par-dessus qu’ils montrent leurs merveilles. [...]

- Vois aussi, le long de ce muret, des hommes qui portent c des objets fabriqués de toute sorte qui dépassent du muret, des statues d’hommes et d’autres êtres vivants, façonnées en pierre, en bois, et en toutes matières ; parmi ces porteurs, comme il est normal, les uns parlent, et les autres se taisent.

- C’est une image étrange que tu décris là, dit-il, et d’étranges prisonniers. “- Semblables à nous, dis-je. Pour commencer, en effet, crois-tu que de tels hommes auraient pu voir quoi que ce soit d’autre, d’eux-mêmes et les uns des autres, que les ombres qui, sous l’effet du feu, se projettent sur la paroi de la grotte en face d’eux ? [...]

- Examine alors, dis-je, ce qui se passerait si on les détachait de leurs liens et si on les guérissait de leur égarement, au cas où de façon naturelle les choses se passeraient à peu près comme suit. Chaque fois que l’un d’eux serait détaché, et serait contraint de se lever immédiatement, de retourner la tête, de marcher, et de regarder la lumière, à chacun de ces gestes il souffrirait, et l’éblouissement le rendrait incapable de distinguer les choses dont d tout à l’heure il voyait les ombres ; que crois-tu qu’il répondrait, si on lui disait que tout à l’heure il ne voyait que des sottises, tandis qu’à présent qu’il se trouve un peu plus près de ce qui est réellement, et qu’il est tourné vers ce qui est plus réel, il voit plus correctement ? Surtout si, en lui montrant chacune des choses qui passent, on lui demandait ce qu’elle est, en le contraignant à répondre ? Ne crois-tu pas qu’il serait perdu, et qu’il considérerait que ce qu’il voyait tout à l’heure était plus vrai que ce qu’on lui montre à présent ?

- Et de plus, si on le contraignait aussi à tourner les yeux vers la lumière elle-même, n’aurait-il pas mal aux yeux, et ne la fuirait-il pas pour se retourner vers les choses qu’il est capable de distinguer, en considérant ces dernières comme réellement plus nettes que celles qu’on lui montre ?

- Et si on l’arrachait de là par la force, dis-je, en le faisant monter par la pente rocailleuse et raide, et si on ne le lâchait pas avant de l’avoir tiré dehors jusqu’à la lumière du soleil, n’en souffrirait-il pas, et ne s’indignerait-il pas d’être traîné de la sorte ? et lorsqu’il arriverait à la lumière, les yeux inondés de l’éclat du jour, serait-il capable de voir ne fût-ce qu’une seule des choses qu’à présent on lui dirait être vraies ?"

L'allégorie de la caverne: une question de regard

Le seul véritable voyage n'est pas d'aller vers d'autres paysages, mais d'avoir d'autres yeux.

Proust