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Chris le Gardien auteur

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La carrière, la Loge, le Temple...

La carrière, la Loge, le Temple...

La carrière, la Loge, le Temple...

La carrière, la Loge, le Temple...

Ce ternaire sonne comme un chemin, une suite logique, une progression, une marche de Soi vers Soi. C’est en tout cas l’impression qui est la mienne à l’évocation du sujet.

Tout maçon travaille sur sa pierre, la matière première d’un monde immédiat dont il se débarrasse des scories grossières. C’est en tout cas ce qu’apprentis nous apprenons, tout au long de notre parcours maçonnique.

De prime abord, la procédure paraît simple : on extrait la pierre de la carrière, on la travaille dans la loge, on l’insère dans le Temple. Voilà ce que mon intuition et sans doute aussi mon expérience d’initié me laisse spontanément à penser.

Ces trois lieux semblent distincts et il est nécessaire de les étudier à l’aune du rituel. Ce dernier ne laisse place à aucune approximation quoiqu’il ne donne aucune réponse directe.

De l’extraction de la Pierre brute à la loge, du profane à l’initiation maçonnique

On imagine ces blocs de Pierre grossièrement extraits par l’ouvrier, mais le rituel ne nous dit pas grand-chose. J’imagine d’ailleurs que pour extraire ces blocs monolithiques, il faut des outils qui ne sont pas le maillet et le ciseau ? Parle t’on de pioche ou de marteau piqueurs ? Non. En tout cas pas dans les premiers degrés.

On doit considérer que le profane, au moment où il décide librement de « frapper à la porte du Temple » fait une démarche libre et consentie pour s’extraire de la masse profane.

Cette première rébellion positive fait de lui ce qu'on appelle une belle Pierre brute par opposition sans doute avec d’autre Pierres brutes, plus difficiles à tailler, car moins tendres sans doute.

Lieu à ciel ouvert, la carrière évoquée dans le rituel est la représentation du monde brut et immédiat. La masse uniforme des préjugés, la glaise temporelle de la création. Le monde tel qu’il nous apparaît lorsque nous ouvrons les yeux de nouveaux nés et tout au long de notre vie profane. Le monde que la science quantique, en moins d'un siècle, a mieux percé qu’en 5000 ans.

En vérité le travail maçonnique ne commence réellement qu’au moment de l’initiation. Immédiatement après celle ci,l’apprenti effectuera son premier travail en portant trois coups maladroits de ciseau sur la Pierre qu’on lui présente symboliquement.

L’apprenti, qui a subi l’épreuve de l’initiation et auquel est présenté la Pierre pour son premier travail, na pas vocation à extraire lui-même cette Pierre. On la lui présente. On la lui offre. Mieux : il est cette Pierre, parcelle du grand Univers.

S’agissant de la Pierre brute, j’ai noté d’ailleurs que deux courants maçonniques s’opposent, qui ne me semblent d’ailleurs pas inconciliables, à moins d’être tout à fait obtus.

La Pierre brute de Jules Boucher : c’est la Pierre cachée du VITRIOL, celle qui n’a pas été taillée par les Hommes et les préjugés. C’est la Pierre pure sur laquelle ne s’est pas accumulé le limon profane de la Vie matérielle. C’est donc la Pierre, dans son écrin originel mais dont la pureté est ignorée des profanes pour des raisons ésotériques qui concourent à la destinée du monde.

Selon le courant plus traditionnel des bâtisseurs et le nôtre, la Pierre brute est cette matière première qu’on extrait de la Carrière. C’est donc nous-mêmes, manifestés avec nos passions, nos doutes nos peines comme nos joies et nos certitudes ; c’est surtout nous-mêmes en tant qu’homme ou femme plongés dans la multiplicité des formes, dans le monde Shakespearien de bruit et la fureur de monde. C’est tout à la fois le profane du métro boulot dodo, mais aussi le maçon qui cherche un sens à cette agitation absurde.

Que nous enlevions les aspérités d’une pierre originellement mauvaise ou originellement bonne est sans importance car c’est précisément ce qui distingue notre action de celle des philosophes. Nous ne recherchons pas à savoir si l’homme est créé bon ou mauvais et suivre Hobbes ou Rousseau ; notre action d’humilité est de trouver la part permanente de nous même, au milieu du Chaos apparent et de reconnaître les plans de l’architecte dans la Lumière de la loge.

Le travail commence par la taille de la Pierre tant à l’extérieur du Temple qu’à l’intérieur de la loge.

Au moyen âge, les Francs-maçons opératifs se reposaient dans la loge, bâtisse provisoire construite sur le chantier.

Par analogie les loges spéculatives « regroupent des personnes d’origine sociale et d’opinions religieuses et politiques différentes, soucieuses de rechercher la vérité, éprises de fraternité et par conséquent disposées à pratiquer la bienfaisance ou la solidarité, voire à réformer la société. » Jean Moreau, « les francs maçons ».

Par extension nous l’avons vu, les spéculatifs adoptent donc la loge physique comme lieu consacré pour se réunir en tenue , y rassembler les outils symboliques.

La loge est une communauté fraternelle dans laquelle nous nous reconnaissons comme tels. Mais pas que ! Car toute association a également cette nature. La Loge va plus loin. Elle permet de rassembler les morceaux épars du grand Puzzle de la vie grâce à une ascèse particulière que l’initiation et une méthode permet. Cette méthode, c’est le rituel qui nous la confie, au travers une démarche toute personnelle qui passe par la maturation personnelle et un cheminement initiatique, pour ne pas dire un travail permanent, qui est à cent lieues de la philosophie et des groupements d’intérêts profanes.

L’assiduité au travail ne se décline d’ailleurs pas qu’à l’intérieur de la loge, ni uniquement au commencement des travaux, de midi à minuit. La portée symbolique de cette ouverture et fermeture des travaux nous oblige à nous transporter dans l’intemporel, par la consécration de la loge en Temple.

Le Temple de Salomon est ainsi matérialisé par un rituel strict, mis en mouvement avec son langage et ses arcanes. Mais hors de la loge, le maçon s’il revient à la vie profane, n’en demeure pas moins un initié qui a des devoirs que le rituel nous rappelle quand nous clôturons les travaux.

Il n’est dit nulle part dans le rituel que le maçon se trouve dans le Temple lorsqu’il taille. Le bruit assourdissant des ciseaux sur la Pierre s’entend à l’extérieur du Temple. Le rituel en témoigne. De sorte qu’il n’est pas du tout sur que nous soyons bien ici dans le Temple quoiqu’il soit tout à fait certain que nous soyons en loge.

A l’intérieur de la loge : le Temple se dessine comme un Plan qui inspire. Le savoir-faire des Maîtres, c’est à dire la transmission et la grande chaîne d’Union, nous permet de parfaire notre propre œuvre. Mais croire que l’Homme invente seul les plans de l’Univers serait contraire à toutes les Lois naturelles. Le rituel parle bien de plan et d’un architecte dont nous ne sommes au mieux que les bâtisseurs ouvriers.

Mais dire que le travail s’effectue uniquement en loge serait une erreur, si j’ose dire d’apprenti. On croit entrer dans le Temple. On n’est en définitive jamais vraiment dans le Temple ni ajusté à lui, tant que sa propre pierre n’est pas dégrossie. Tout au plus peut-on espérer y entrer un jour et s’y ajuster parfaitement grâce au travail persévérant et à l’enseignement de l’Art Royal.

Au sens exotérique, s’il en est, nous dirions que la loge, c’est à dire cette baraque de chantier en dehors du Temple en construction, est le lieu physique et métaphysique, dans lequel les maçons opératifs se réunissent.

Le travail de la Pierre est, bien sûr, motivé par l’élévation d’un Temple et donc, il s’effectue au perron de celui-ci, à sa proximité, à l’extérieur des colonnes. Cette vision des colonnes J et B ne m’a jamais posé de problème particulier jusque assez récemment jusqu’à ce que je m’interroge précisément sur l’éventualité de la distinction entre ces lieux.

Dans notre Vie quotidienne de Maçons, la loge est donc le lieu temporel où nous trouvons refuge et qui, à l’ouverture des travaux, est consacré et devient puissance de transmission et de gestation intemporelle. Le VITRIOL alchimique évoque une transmutation progressive du maçon, qui ne dépend d’aucune formule magique qui influerait de l’extérieur sur sa Conscience. Tout est transformation personnelle et volontaire, tout au moins dans l’impulsion.

Le Temple est éminemment symbolique puisqu’il est l’idéal maçonnique pris en tant que fin et moyen de cette transmutation. Toute la Vie maçonnique gravite autour des mystères du Temple dont l’entrée est gardée afin de mettrecette Lumière à l’abri des profanes qui projetteraient follement de la dérober.

Etincelle de la Grande Lumière, le maçon se sait Un et multiple à la fois. Sa vocation est donc de se révéler et à dissiper les ténèbres du monde par son illumination progressive. Le Temple est en construction intemporelle permanente comme une cathédrale que l’univers construits indéfiniment grâce aux Hommes qui en sont les Pierres.

Le Temple en construction, édifice physique ou symbolique ?

Il y a tant à dire sur le Temple : le temps est comme figé à l’entrée du Temple et nos métaux n’y brillent plus. Nous ne sommes plus alors dans le monde Profane, ni dans un temple physique mais dans un espace consacré, à l’ouverture des travaux , intemporel La Lumière permanente qui y luit ne s’éteint jamais.

Je ne veux ni ne saurais être exhaustif dans ce tracé, sur le nombre de symboles qui ornent le Temple et dont le sens frappe notre conscience au fur et à mesure de notre éveil. Il s’agit bien d’une interaction qui provoque l’éveil. Tout initié constitué FM n’est pas réveillé au son du clairon. Son réveil s’effectue dans la douceur des évidences et de l’œuvre mise à jour.

Au gré de notre travail de découpe de notre pierre, nous, apprentis,prendrons notre juste place dans l’édifice. Nous nous découvrons notre juste place, progressivement, souvent à tâtons mais toujours selon l’ordre des choses et par degrés. Cette Pierre est objet et sujet de l’Humanité : matière première du monde dans la carrière, elle est objet, la matière quantique des scientifiques mais aussi sujet, celui qui la taille.

Cette Pierre Brute ne trouve sa destination qu’à l’aune d’un travail méthodique et persévérant sur soi-même. Car il s’agit tout à la fois de travailler sur Soi et au progrès de l’humanité, vaste domaine de la pensée et de l’action.

Les mystères du Monde sont inviolables. Nous n'avons pas vocation à forcer certaines portes interdites de notre dimension terrestre. Mais nous ne devons refuser les évidences qui germent en nous grâce à notre travail ascétique.

Les applications infinies de la Science Quantique ne font que révéler l'Homme à lui-même, au rythme qu'il choisit. Les intuitions sont les pensées intimes de l'ange en chrysalide. Le monde quantique en un siècle nous permet de saisir expérimentalement l' Unité originelle. Il faut désormais relier science et conscience. Toute perception est un champ infini et magique qui fait passer ce monde du complexe au simple, du multiple à l’Un, du séparé au retrouvé.

Il ne s’agit pas de fuir le monde tel qu’il apparaît ni de forcer sa nature. Ni la Science ni l’initiation n’as ce dessein funeste. Il s’agit de comprendre et de saisir au travers lui cette part de nous-même qui y repose.

En ce sens, le monde est le miroir de l’Homme qui s’y cherche, un langage (Le Verbe ou Parole) à décoder et le prologue de Jean ne nous dit rien d’autre. « Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.»

Cette parole, ce monde qui s’exprime, est Totalement cohérent, même dans ses formes multiples et son incohérence visible et toute manifestation se situe par-delà bien et mal. Rien de ce qui apparaît n’est hors du Monde et rien de ce qui n’apparait pas encore n’est éternellement caché. Notre vocation occulte de maçon consiste à trouver ou Re-trouver cette part simple et initiale de nous-même au creux de la Pierre du Temple (VITRIOL) en rectifiant et en enrichissant la perception immédiate du monde et de nous-même. Ainsi nous nous améliorons.

Pierre après Pierre le Temple se construit, comme une cathédrale à ciel ouvert, il n’est jamais achevé et nous n’en sommes que les parties intemporelles. Il est à la fois un idéal, un plan dont il faut s’inspirer, d’un point du vue temporel, mais il est surtout le témoin vivant de notre origine céleste que le travail maçonnique met à jour.

Le travail transmute l’homme et pas seulement d’un point de vue théorique. Etre constitué maçon signifie bien plus qu’une approche de savoirs, c’est une transformation complète de notre conscience et partant, de notre comportement. Un regard nouveau, une étincelle qui se détache de la lumière, une Pierre philosophale.

En outre, l’engagement du maçon, comme de tout initié, est total. L’apprenti a droit à la récréation, mais il travaille pour révéler cette étincelle de Lumière, pour trouver cette Pierre occulte au centre de la pierre brute et pas seulement de midi à minuit au sein de la loge ou du temple physique, mais de façon permanente par l’engagement présent du maçon constitué qui promet de préserver la Lumière mais de propager l’Amour et la Paix à l’extérieur du Temple.

Ce chemin de Compostelle est une quête de sens au travers une forêt de symboles entre deux colonnes qui délimitent le Temple. C’est un Temple en construction dans lequel l’espérance de s’y insérer est comme un phare dans la brume épaisse.

La spirale et les correspondances entre le Temple symbolique et le Temple physique, entre loge et Temple, intérieur et extérieur, monde profane et monde consacré, temporel et intemporel, sont permanentes. C’est l’Homme dans toute son Humanité l’Homme qui s’élève au-dessus de la masse, une pierre parfaite extraite de la carrière et qui a vocation à s’intégrer comme une partie du Temple.

A l'intérieur du Temple tu deviens ce que cet écrin protège : un cœur vivant. Les plus belles œuvres sont aussi les plus discrètes. Elles sont un don intime et universel. Nul besoin de les promouvoir pour qu'elles rayonnent. Il faut retrouver le silence et ainsi sentir l'espace initial entre les choses.

J'ai dit V.: M:.

C.C LG