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Chris le Gardien auteur

Chris le Gardien auteur

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Quelle souffrance, dans quel monde ?

Quelle souffrance, dans quel monde ?

Quelle souffrance, dans quel monde ?

Notre regard mécanique aborde et s’habitue à un monde de « bruit et de fureur », souvent rude, parfois délicieux qui nous enchante ou nous rebute, mais qui jamais ne nous laisse indifférent. Nos préjugés se substituent à l’innocence originelle de nos impressions d’enfants. Nous évoluons dans les formes de l’utile et de l’agréable que nous nous efforçons de conjuguer au mieux, dans cette société de consommation qui nous contraint à la conformité et nous abreuve de plaisirs et de divertissement pour nous faire oublier que nous sommes mortels. Mais ce faisant, n'avons nous pas oublié que nous sommes immortels?

C’est avec persévérance que les intellectuels dissèquent des années durant la contingence des choses sans sourire, en s’arrêtant paradoxalement de vivre ou en faisant la promotion d’attitudes opposées, passant ainsi d’un extrême à l’autre mais sans changer de regard. Ces solutions palliatives reviennent à se droguer d’artificialité sans tempérance et sans consolation, car au bout du compte, l’égo gonflé, on succombe dans de plus grandes angoisses encore.

C’est dans ce monde encore que certains tentent, par l’absurde, de vaincre les souffrances par une profusion de plaisirs et de divertissements que la société réprouve ou encourage.

C’est avec rébellion opportune que les artistes contrent l’absurde en redessinant le monde et la société. Ils proposent une beauté alternative en transfigurant le réel et en le réinterprétant à leur manière, avec de nouveaux yeux, permettant de garder entre-ouvertes les portes vers le rêve, solution à la morosité.

Les artistes proposent une alternative au regard mécanique permettant l’appréhension et la compréhension de ce qui se cache derrière le monde et du lien qui unit chacun de nous à celui-ci. C’est l’intuition qu’il existe bien un monde sublime que le cœur peut percevoir, à condition de s’ouvrir à lui.

Ce lien intime ne relève pas de la raison, moins encore de l’intellect ; Il relève du regard : d’une vision essentielle qui prend sa source dans le Silence originel ; le regard intense du sage porté sur les choses, jusqu’en leur centre, et qui ne les altère pas.

Faisant partie du monde, l’observer revient à s’observer soi-même et plus seulement ou uniquement par l’étude de ses émotions en vue de les chasser ou de s’en punir, mais en les regardant glisser sur Soi, se rendant imperméable aux impressions qu’elles produisent habituellement ; en acceptant l’émotion mais en ne s’y aliénant plus.

L’émotion par elle-même n’est pas aliénante. C’est quand elle le devient précisément qu’elle nous entraîne dans des conflits sans fins. La vie ne doit pas être un combat. Ce n’est pas vraiment la vie d’ailleurs que nous combattons mais c’est notre regard mécanique qu’il convient de motiver vers cet au-delà du monde et des rêves.

Se contenter du constat des faiblesses humaines, s’y complaire serait un aveu d’échec. Et à l’heure de notre mort, quel serait notre bilan ? Heureux les imbéciles ils ne se sentent pas responsables. Mais combien d’imbéciles heureux vivent dans ce monde et Combien d’hommes et de femmes conscients de leur condition se morfondent dans la tristesse d’impressions mécaniques et subies.

Mais c’est une destinée bien commune et bien obligée qui nous sensibilise, nous bouleverse, nous fait chanceler sur nos bases. Heureusement, nous doutons souvent de nos certitudes établies et prospères. La souffrance nous remet aussi en selle. Elle nous bouscule, pique nos habitudes, déséquilibre notre conformisme et nous prémunit contre l’avenir, pour peu qu’on y prenne gare, en nous donnant à réfléchir sur cette part toxique de nous même.

Très progressivement, par touches successives, on apprend ainsi à s’extraire de la matière brute et conformiste grâce à la souffrance ou malgré elle.

Les rapports humains naissent de la rencontre de deux êtres autonomes, différents, aux points de vue originaux et créent ainsi les conditions de l’évolution personnelle, frictions relationnelles développent des réactions émotives aussi sensibles que variées passant de l’amour à la haine et par toute la palette des couleurs émotionnelles. Le réel c'est quand on se cogne disait très justement Lacan.

Ce sentier, plus ou moins long, ouvert à coup de dynamite, n’est accessible qu’à force de renoncements, de découragements, de souffrances aussi bien que de travail, de persévérance, d’acceptation et de compréhension. C’est à ce prix qu’un jour la lumière peur surgir et se substituer à nos ténèbres. Et c’est ainsi que l’homme puise en lui l’étincelle originelle : lorsque son intuition lui permet de percevoir par-delà le monde et sa personne ; par-delà les masques de l’illusion. Dans la sérénité de l’Ici et du Maintenant.

Percevoir un monde ou l’espace et le temps se figent et ne sont plus nos maîtres. Ce n’est plus le monde que les yeux regardent, c’est l’axe du monde que le cœur perçoit. Par-delà toute contrainte de système, exposé aux effets toxiques mais en n’y succombant plus ; définitivement. relevé.

Le regard ici et maintenant puise la richesse de la lumière, transcende les ténèbres et la transmet à ceux qui la cherchent, ab immo pectore.

Cette approche sublime du monde n’est pas magique. C’est une alchimie que toutes les sociétés secrètes protègent non par goût du secret mais par principe de réalisme. Rien ne peut imposer de l’extérieur une telle révolution qui est essentiellement personnelle. Elle n’est pas une accumulation de connaissances et de richesses profanes ; Elle n’est pas un art que l’on apprend ab initio, et qui soudain nous transforme malgré nous. Elle n’est qu’une aventure personnelle faite de rencontres, d’interactions, de remises en questions où l’on enlève et ou l’on allège plus que où l’on accumule et où l’on remplit. La plénitude vide ce qui est trop rempli et remplit ce qui est vide.

Le regard ne parvient à maintenir cette focale qu’avec détermination. Si les ténèbres ne l’ont pas saisies, la lumière n’en est pas pour autant acquise, car le doute, l’ambition, l’égo peuvent à tout moment faire basculer le porteur. Je plonge et replonge dans la profondeur de la noirceur humaine et dans ma modeste condition d’homme, par nature si faible. Mais loin de m’être avili et conforté dans l’émotion, aussi dévastatrice qu’elle soit, j’ai trouvé la force de nettoyer mes réactions toxiques qu’alimente mon Ego. La chute n’est pas le mal. Le mal est de ne pas se relever. Et pire sans doute , de se satisfaire de ses souffrances et rancœurs.

Quel que soit le comportement de l’autre, nous sommes seuls responsables de nos réactions, surtout les plus négatives ; c’est-à-dire celles qui nous font mal. Outre qu’il soit normal d’être jaloux, il est anormal de ne pas se sentir responsable d’une émotion toxique, d’autant qui nous rend servile, qui nous aliène mentalement. Cette souffrance n’est alimentée que par nos peurs et notre incapacité à nous relever. On fait porter sur l’autre ce que l’on alimente inconsciemment mais réellement en soi. On souffle sur les braises de son propre mal intérieur et l’on croit, ou on feint de croire, que c’est l’autre qui entretient les flammes douloureuses par un processus de victimisation fautive. La souffrance est en quelque sorte notre production personnelle. Nous sommes créateurs de nos souffrances. Aucun Dieu ni Malin n’alimentent ces souffrances. En prendre conscience c’est déjà prendre le contrôle de son origine et influer directement sur sa cause et ses effets.

De même que nous créons notre matière à souffrance, nous découvrons en nous l’antimatière de sublime. Cette Beauté éternelle qui est Lumière et qui chasse progressivement les ténèbres auxquelles nous nous étions habitués non sans mal.

L’Homme vit et souffre dans le monde. Doit-il fuir les plaisirs ou les souffrances? Non. Il doit cesser de se croire victime et ouvrir son cœur au sublime, en suivant l’évidence de ses perceptions et les indices de ses intuitions, sans forcer, sans s’obliger à rien sinon à se révéler. fuir une émotion et la compenser par d’autres, revient à l’immobilisme. Or la vie est création et mouvement. Je préfère l'innocence rustique du petit sauvage à l'intelligence policée et pleine d'égo de l'enfant trop sage.

Il faut accepter les émotions comme condition nécessaire à l’intuition de notre regard originel. Le regard transforme le monde non pas tant en le réinventant mais en en paralysant les effets nocifs. Il ne substitue pas un monde par un autre, il le regarde tourner sur son axe. Il en contemple l’essence, ici et maintenant, profitant de la perception directe de cœur à cœur. C’est à ce moment précis que la lumière déchire les ténèbres et que le sublime remplit le cœur d’une chaleur apaisante et flamboyante.

Je préfère l'innocence rustique du petit sauvage à l'intelligence policée et pleine d'égo de l'enfant trop sage.

Chris.

Le réel c'est quand on se cogne

Lacan

La vie choisit entre deux voies et deux voies seulement. Elle dichotomise toujours.Il lui faut opter entre des solutions contraires, par exemple, entre l'intelligence et l'instinct, entre la technique et la métaphysique. J'ai déjà remarqué que, lorsque la vie choisit une des branches de l'alternative elle garde un regret pour la tendance abandonnée, elle en conserve un halo ; elle s'en enrichit autant qu'elle peut. Ainsi autour de l'intelligence, il y a une frange d'instinct, un peu de végétal autour de l'animal, de la féminité diffuse autour des institutions masculines.

Jean Guitton. "La vocation de Bergson".

Toute ombre, après tout, est fille de la lumière et seul celui qui a éprouvé la clarté et les ténèbres, la guerre et la paix, la grandeur et la décadence, a vraiment vécu.

Stephen ZWEIG. "Le monde d'hier."